En route pour d'autres mondes avec le label de beaux-livres univers de 

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Quelques mots avant d’emprunter la route...

 

La nouvelle Tlön, Uqbar, Orbis Tertius de J.L. Borges, les langues elfiques de J. R. R. Tolkien, les ruines d’Ostie, le Sandman de Neil Gaiman, les portulans des navigateurs des Grandes Découvertes, les univers incroyablement fouillés des jeux de rôle,  les ar-rière-plans des tableaux de la Renaissance, les décors presque infinis des jeux vidéo, les recueils d’ethnologie, les appendices de Dune de F. Herbert, les encyclopédies, les anabases et les voyages aux enfers, dans les cieux, vers des îles mouvantes ou d’improbables Atlantides et encore bien d’autres terres imaginaires... Tout un ensemble enchanteur qui a ensemencé une bonne part de notre imaginaire.

 

Il était temps de partager avec les lecteurs cet extraordinaire terrain de jeu onirique. C’est ainsi qu’est né le projet enthousiasmant et fantasque d’une collection de beaux livres dédiés à la représentation et à l’exploration de mondes imaginaires, sous toutes leurs facettes : textes (récits, articles, glossaires, etc. ), cartes, illustrations et bien d’autres artifices...  Nous avons appelé ces livres des ourobores,  du nom de ce serpent mythique encerclant l’univers, à la fois pour dépeindre leur projet : donner vie à des mondes fictionnels, et bien entendu, leur impossible complétude.

 

Les ourobores ne sont pas des livres d’art à oublier dans la bibliothèque, des art books à contempler ou bien des encyclopédies seulement utilitaires. Ils proposent une littérature délibérément hybride, (re)mixant genres et catégories en déployant trois dimensions, narrative, illustrative et immersive.

 

Chacun d’entre eux est façonné comme un prototype, souvent de manière collective, par les auteurs, les artistes parmi les plus talentueux de l’imaginaire. Le dispositif créatif,  le jeu littéraire, à chaque fois repensé, importe autant que l’ouvrage finalisé. 

Chaque ourobore propose plusieurs clés d’entrée vers le monde imaginaire qu’il incarne : classiquement l’histoire, ses personnages, les styles des écrivains mais aussi les illustrations, les cartes, les mises en abîme, la mise en page, la forme du livre qui sont comme autant de « pièces à conviction » en provenance de ce cosmos recréé. 

Plus encore, lire un ourobore engage à une expérience plus immersive, vers une sorte de balade ou de dérive active qui intensifie la rêverie demi-éveillée usuelle de la lecture et la rende plus prégnante et vivace.   

 

Il ne s’agit pas non plus de fuir notre monde mais plutôt de le faire fuir, comme l’eau fuit d’un tuyau, au sens où G. Deleuze et F. Guattari l’entendent dans Kafka. Pour une littérature mineure vers des ailleurs, invitant ainsi les lecteurs-explorateurs à pratiquer le bel art de rêver, un Ars somniandi, aussi crucial que l’art de mourir et l’art de vivre. 

 

Frédéric Weil

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